En incognito : sur les secrets du déguisement

janvier 1, 2020
pourquoi portons nous des masques ?

Nous nous sommes tous secrètement demandés ce que nous ferions si nous étions invisibles, n’est-ce pas ? Quand notre identité est cachée, tout semble possible. Que ce soit dans l’observation silencieuse ou dans l’imagination du monde à travers un objectif, ou encore en se cachant derrière un masque ou les rideaux d’une scène… Le déguisement peut réellement nous donner des « pouvoirs magiques ».

Les fonctions du masque

Le recours au masque remonte au paléolithique. L’homme primitif se déguisait pour assumer les pouvoirs et la force du dieu, de l’esprit ou de l’animal dont il prenait la forme. Dans l’Athènes antique, les masques aidaient les acteurs à réapparaître plusieurs fois au public, sous forme de personnages différents. Si l’on entend le masque comme une dissimulation du visage, et par extension, un costume ou le camouflage qui couvre toute la personne… Pourquoi l’homme s’est-il toujours déguisé ?
L’incognito peut nous faire acquérir les pouvoirs de l’être dont l’on prend l’apparence, nous cacher, nous amuser. Ou encore…

L’on peut utiliser un masque pour se manifester et devenir nous-mêmes, après s’être libérés du rôle et des attitudes qui nous sont constamment attribués.

Pensons à la sensation d’abandon sauvage pendant les fêtes de carnaval et d’halloween. Ou encore au masque sur le visage des clowns et des mimes.
Le secret de l’incognito, ce que l’on souhaite vraiment gagner, c’est la liberté. Ceci, car les déguisements mettent un espace entre nous et notre personnalité.

Un masque pour nous (faire) re-connaître

Se masquer est un acte puissant, parce qu’en trompant les autres, on trompe aussi nous-mêmes.

Se faire passer pour quelqu’un d’autre peut également nous donner de nouvelles qualités. Les jeux de rôles nous permettent de connaître d’autres facettes de notre personnalité, d’en savoir plus sur nous-mêmes. (Suis-je courageux ? Les autres, vont-ils m’aimer ?)

Chacun d’entre nous choisit un masque, plus ou moins évident. Peut-être que nous portons des couleurs vives ou nous nous maquillons pour paraître plus audacieux. Ou encore nous choisissons de nous habiller avec une chemise plutôt qu’un pyjama, tout en travaillant de la maison, pour nous tromper dans notre motivation professionnelle.


Mais nous pouvons aussi nous déguiser en nous glissant dans l’ombre. Nous construire des cachettes secrètes, regarder le monde de nos fenêtres, nous asseoir inaperçus dans un café bondé pour écrire discrètement dans l’esprit de Jane Austen.

Lorsque nous nous cachons à la vue de tous et agissons comme spectateurs, nous effaçons activement notre présence afin de voir quelque chose de nouveau autour de nous et en nous. De cette façon, l’incognito peut nous apprendre à nous étendre au-delà d’une vision potentiellement limitée de nous-mêmes.
Déguisés, nous pouvons voir que, pour le meilleur ou pour le pire, nos actions sont l’un des rares pouvoirs réels que nous avons sur notre vie.

Un masque pour dépasser nos contraintes

Il y a donc quelque chose de magique, de provocateur, à porter un masque. Et l’invisibilité peut nous libérer de certaines insécurités et des contraintes sociales qui nous encouragent à vivre tête basse. Si l’on considère le choix du bénévolat par exemple, comme l’anonymat, cet acte peut nous donner les clés pour l’accès à des pouvoirs qui resteraient autrement cachés dans l’ombre.

Derrière les coulisses : la métaphore du spectacle

Prenons l’exemple d’un spectacle de cirque. Derrière les coulisses, des héros invisibles racontent des histoires parallèles aux rideaux de la scène. Ce sont les chevilles ouvrières qui enclenchent la magie du spectacle. Les personnes qui n’apparaissent pas sur la scène, ou ont été dans la scène autrefois. Les personnages invisibles qui maîtrisent le rythme, les rouages du temps, tracent les cheminements des musiques, des parcours, des changements de scénographie. Les personnes qui contribuent activement à façonner la beauté.
Derrière les coulisses, la magie du spectacle nous transforme en super-héros invisibles, et chacun trouve sa place sans la chercher. Des gestes tout simples mais extraordinaires sortent du chapeau juste au bon moment pour donner vie à des fées, des elfes, des sorcières et des dragons…
La touche magique des paillettes, l’agilité des mains qui tressent les cheveux, les sourires offerts, les chants improvisés, les pas de danse sur une musique imaginaire.
C’est quand nous sommes libéré(e)s d’un public et de notre ego, que nos actions nous enseignent nos motivations les plus pures.

Alors, que nous choisissions d’être un personnage différent, que nous observions les gens d’un coin sombre ou que nous essayions un masque après l’autre avec l’enthousiasme d’un enfant dans un magasin de costumes, les déguisements peuvent nous donner un coup de fouet stimulant.

Mais le meilleur, c’est quand nous apprenons à enlever le masque et à nous glisser dans le monde comme nous-mêmes, tout en faisant persister ce frisson. Cela pourrait être l’atteinte de la réelle magie du masque :

S’accrocher au pouvoir d’un déguisement quand le vrai déguisement a été jeté, et vivre avec autant d’audace sans lui.
Et puis, un silence suspendu. Que le spectacle commence.

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